Action culturelle

Il est fondamental pour la Cie d’aller à la rencontre des gens pour créer des projets où la danse ne s’éloigne pas du public mais au contraire se nourrit des rencontres et des liens.

Aiguiser la sensibilité et l’altérité, accepter la confrontation et entretenir une curiosité active. Il s’agit surtout de souligner l’implication sociétale de l’acte artistique, de penser la culture comme la possibilité de créer du lien social en favorisant les croisements de gens, de genres et de générations.

Ces différents ateliers sont menés par Sophie Quénon, les danseurs de la compagnie et des artistes cooptés suivant les projets (auteur, plasticien…).

Réflexions

On ne peut séparer un individu de sa relation au monde. Le monde le concerne et il est concerné par le monde. En un sens, il est acteur du monde bien que la plupart du temps il reste dans l’acceptation du monde : soumission plutôt qu’action. Cet individu est orienté par son passé, son présent : par ce qu’il est ! Son futur dépend des moyens dont il dispose pour s’exprimer, se positionner et acquérir l’estime de soi. Le monde du travail est l’un des pôles de valorisation de la société, la culture en est un autre. C’est sur ce dernier que l’artiste peut intervenir.

Force est de constater l’inégalité qui règne dans notre société. Nous ne sommes pas égaux face à la culture. La culture n’est pas innée! Elle nécessite un apprentissage, qui permet de se situer dans notre société et de se forger une morale à l’aide de toutes les connaissances que l’on a engrangé et passées au crible de la conscience.

Il existe pourtant dans notre pays de nombreux lieux de culture: médiathèques, bibliothèques et  » bibliobus « , musées, salles de spectacles de théâtre et de danse, salle de concert, etc. Il s’en construit, s’en aménage sans cesse de nouveaux. Le public ne suit pas. Ces lieux sont fréquentés par des habitués, ou descendants d’habitués qui, contrairement à ceux qu’on pourrait appeler les « a-culturés », baignent depuis leur enfance dans un monde où la culture a toujours été présente, leur apprentissage en a été facilité.

La familiarité avec « le beau, le bon et le bien » ne fait pas partie des atouts nécessaires à l’humanité, pourtant, cette familiarité est essentielle à la vie personnelle des êtres sociaux que nous sommes. La conscience de soi sans les divers savoirs qui composent la culture provoque un malaise social et individuel dont les effets se font de plus en plus catastrophiques.

Ici, culture n’est pas synonyme d’érudition. C’est un outil privilégié d’inscription dans la relation au monde. Elle participe au processus de construction de soi, d’identité. Elle favorise l’aisance, la reconnaissance, l’expression. Et l’expression, dans la construction d’un individu, est essentielle. La culture, c’est pouvoir placer et déplacer son regard : plus nous nous cultivons, plus nous nous permettons d’élargir notre réflexion et d’agir en conscience.

Le déficit social de ces « a-culturés » engendre détresse, déstabilisation, inadaptation au monde qui les entoure. Pour un faux pas passé, une incompréhension à un moment donné de leur vie, le futur de ces individus est gravement compromis. Nous pouvons agir en aval de cette catastrophe et aider les a-culturés qui le souhaitent (et convaincre les hésitants) à acquérir les fondamentaux qui leur permettront de se construire et non plus d’entasser. De développer une autonomie, de vivre avec les limitations inhérentes au statut d’être humain. Accepter d’être aujourd’hui le point de départ d’un futur envisagé, et si possible meilleur.

L.bB, Sophie Quénon / Octobre 2008